UBTech a présenté ce mardi à Shenzhen son nouveau robot U1, un humanoïde à l’apparence très réaliste conçu pour tenir compagnie aux personnes seules. Le constructeur chinois, jusque-là connu pour ses robots industriels, change clairement de cible avec ce produit vendu sous sa marque grand public UWORLD.
Une présentation très soignée
UBTech n’a pas fait les choses à moitié pour ce lancement. Sur scène, vaisseau spatial géant projeté à l’écran, ambiance science-fiction et passage du DJ norvégien Alan Walker pour accompagner la démonstration. Le slogan choisi pour l’occasion, « Endless love », résume bien l’intention du constructeur, celle de vendre un compagnon censé rester aux côtés de son propriétaire sur le long terme.
Le fondateur de l’entreprise, Zhou Jian, a profité de l’événement pour annoncer que les précommandes du U1 venaient de dépasser les 10 000 unités, soit dix fois le volume écoulé sur toute l’année 2025. Les premières réservations avaient pourtant démarré timidement, avec environ 2 100 dépôts en une semaine début juin sur la plateforme JD.com, avant même que les prix ne soient connus. L’annonce a fait son effet en Bourse, l’action UBTech ayant grimpé de 17 % à Hong Kong dans la foulée.
Ce que le robot a dans le ventre
Le U1 existe en deux gabarits. La version homme mesure 1,83 m pour 42 kg, costume et lunettes inclus dans le design. La version femme fait 1,68 m pour environ 35 kg, avec de longs cheveux ondulés. Les deux modèles partagent la même architecture, avec 88 degrés de liberté répartis sur le corps, de quoi permettre des mouvements de tête, d’yeux, de bouche et des gestes plus naturels que sur la plupart des humanoïdes actuels.
Côté électronique, le robot embarque une puce Rockchip RK3588 et un modèle conversationnel entraîné via le framework Huawei Ascend. L’autonomie annoncée atteint 4 heures. Le robot est censé repérer la fatigue ou le stress dans la voix de l’utilisateur, adapter sa façon de parler en conséquence, et apprendre progressivement les habitudes de la personne qu’il accompagne. UBTech évoque aussi des fonctions plus pratiques, comme un rappel de prise de médicaments ou des conseils vestimentaires.
Sur la confidentialité, la marque assure que les conversations et les souvenirs sont stockés localement et chiffrés, sans servir à entraîner d’autres modèles d’IA.
Lire aussi : Comment les modèles d’IA parviennent-ils à générer des vidéos ?
Un public ciblé assez précis
UBTech vise avant tout deux profils, les célibataires et les personnes de plus de 60 ans, deux catégories qui représentent à elles seules 120 et 320 millions de personnes en Chine selon Michael Tam, directeur général d’UWorld. Le marché potentiel est donc loin d’être anecdotique. L’apparence du robot peut être personnalisée, avec plusieurs styles disponibles à la commande, et des partenariats autour de licences de personnages sont déjà prévus pour élargir le choix.
Des limites encore bien présentes
Derrière la promesse marketing, la réalité reste plus modeste. Sur le plan physique, le U1 sait s’asseoir, se lever et marcher sur une surface plane. C’est à peu près tout. Pas d’escaliers, pas de ménage, pas de vaisselle à porter d’une pièce à l’autre. Un robot de 1,83 m qui ne peut pas transporter un verre d’eau, ça refroidit forcément certaines attentes.
Plusieurs journalistes présents à la conférence ont également relevé des expressions faciales encore assez mécaniques et des échanges vocaux qui peinaient parfois à suivre, loin de la fluidité montrée dans les vidéos promotionnelles. UBTech a par ailleurs confirmé que le logiciel resterait fermé, ce qui limite les possibilités de bidouille ou d’amélioration côté utilisateur.
Une stratégie qui dépasse le simple gadget
Ce virage vers le grand public n’a rien d’un coup de tête isolé. UBTech avait déjà noué un partenariat avec Siemens en mars 2025 pour accélérer sa production industrielle, avec un objectif de 10 000 unités par an dès 2026. Sur le plan financier, les revenus liés aux humanoïdes grandeur nature ont été multipliés par plus de 22 en 2025, pour atteindre 821 millions de yuans, soit 41 % du chiffre d’affaires total contre moins de 3 % un an plus tôt.
Plus largement, la Chine concentrait 85 % des robots humanoïdes installés dans le monde en 2025 selon Barclays, et plus de 140 entreprises du pays avaient déjà lancé plus de 330 modèles différents. Le marché chinois des humanoïdes est évalué à 2 milliards de dollars cette année, avec une projection à 15 milliards d’ici 2030 selon Morgan Stanley.
Les premières livraisons du U1 sont annoncées pour le 16 septembre, pour l’instant réservées au marché chinois. Reste à voir si l’engouement des précommandes tiendra une fois les robots réellement entre les mains des utilisateurs.

